Randonnée sur le chemin de Saint Guilhem le Désert

1: Avant de partir : Planification matos et itinéraire

Avant de partir, faire et refaire son sac, être sur que tout est bien à sa place, soulager la crainte fondamentale de chercher LA pièce d’équipement indispensable au moment où on en à réellement besoin et découvrir avec effroi qu’elle n’est pas là, à sa place.

Je ne vais pas détailler ici le contenu de mon sac, ce n’est pas l’objectif que je poursuis ici mais on pourra en reparler.  Pour cette aventure, je porterais un sac 5.11 Rush 72 (55L) chargé à environ 10 Kg (sans les 3 litres d’eau et la bouffe que je compte emporter). Pour une longue marche avec un sac lourd, les bâtons de marche sont réellement un must have.  Les miens, ce sont des Black Diamond Trail Ergo Cork.

La rando fait l’objet d’un topo-guide assez bien fait.  L’itinéraire est y est bien détaillé. Pour ceux qui souhaiteraient entreprendre cette aventure, je ne peux que recommander ce petit ouvrage qui vaut largement son prix.  Le site http://www.chemin-st-guilhem.fr/accueil/ regorge aussi d’informations pratiques sur cette magnifique randonnée.  Ces sources sont des incontournables avant de se lancer dans l’aventure.

De plus, parce qu’on est jamais trop prudent, j’embarque mon GPS contenant la trace GPX du trajet et je re-potasse encore une dernière fois l’itinéraire, les dénivelés, les distances et les azimuths sur la carte 1:25k qui fera elle aussi le voyage.

Matos de navigation

2: Départ de Montardier

Me voila parti, je vois ma petite famille s’éloigner dans la voiture.  Après quelques minutes, je trouve la balise du chemin de Saint Guilhem sur un large sentier partant de l’église de Montardier.

Eglise de Montardier

Une fois la balise trouvée, je démarre sur des sentiers entourés de buis vers l’Ouest.  Le terrain est fort dégagé et pas trop valloné.  Je suis assez content que le ciel soit couvert, la végétation du coin ne me donnerait pas beaucoup d’ombre sur ces petits chemins caillouteux à travers les terres agricoles.

Balise Du chemin de Saint Guilhem le Désert

Le sentier est entrecoupé de petits portails délimitant les parcelles. Les randonneurs sont invités à bien refermer les portails derrière eux et à ne pas quitter les sentiers.  Pour les randonneurs avec chiens, il est intéressant de savoir que les chiens sont interdits, même tenus en laisse, dans un certain nombre de parties du chemin entre Montardier et Blandas.

Le paysage n’est ici qu’une succession de plaines entrecoupées de reliefs pas réellement imposants.  Connaissant la suite du périple, je peux dire qu’ici, c’est vraiment du gâteau et le paysage est réellement magique.

Le causse de Blandas

3: Blandas et le cirque de Navacelles

Arrivé à Blandas, je me dirige vers les Belvédères et leurs multiples points de vue.  Je reste quelques minutes à observer le panorama.  Mes yeux oscillant entre le cirque de Navacelles et les gorges de la Vis.

Le cirque de Navacelles

Du point de vue, les gorges de la Vis ont l’air gigantesques, je sais que je vais devoir les traverser à pied le lendemain matin.  Le sentiment d’exitation saupoudré d’une légère appréhension m’occupera jusqu’au couché.  Je traverserais les gorges en longeant un petit sentier à mi-pente sur le flanc droit (ouest) des gorges.

Les gorges de la Vis

Pour l’heure, je me lance à la recherche d’un point de bivouac pour la nuit.  En remontant vers le belvédère des chènes, il y a des petits espaces dégagés, cachés entre les arbustes de part et d’autre du sentier balisé.  Je ne sais pas si le bivouac est autorisé ou non dans ce coin mais bon, je serais discret.

J’opte pour un petit coin d’herbe folles à une cinquantaine de mètres du sentier.  Ma tente est bien planquée derrière des buis et un grand chataigner.  La vue sur les gorges est vraiment sympa de la haut.  Une fois ma tente plantée, la nuit est déja presque noire et je crève de faim.

Après un rapide repas chauffé sur mon fidèle réchaud de poche Esbit, je termine la soirée avec un petit thé couché dans la tente.  L’éclairage de la lampe rouge de ma frontale donne une ambiance toute particulière à mon abri.  Je me suis assez rapidement endormi en écoutant les moustiques tentant en vain de passer à l’intérieur de la tente.

4. Les Gorges de la Vis

Je me réveille vers 05:30. Bien enroulé dans mon duvet, je passe encore une bonne heure dans un demi sommeil à profiter du silence des lieux.  Vivant à Bruxelles depuis bientôt 10 ans, je ne suis pas habitué à un tel calme, c’en est presque angoissant.  Pas une voiture, pas un avion, juste la nature qui s’éveille dans un discret concert d’oiseaux et de cigalles.

Une fois éveillé, j’allume deux Esbits pour un petit thé.  Les quelques minutes d’infusion me sont suffisantes pour démonter la tente et l’étendre sous les premiers rayons de soleil afin de la sécher de la condensation de la nuit et de la rosée du matin.

En sirotant mon thé, je regarde le soleil se lever lentement sur les gorges de la Vis. Il est temps de partir, je dois parcourir la plus grande distance avant que le soleil soit à son zénith, le soleil de midi transformera le sentier en barbecue. 

Une fois mon thé terminé, je replie la tente et l’accroche aux passants MOLLE de mon sac et je passe une dernière fois en revue la zone à la recherche de ce que j’aurais pu oublier dans les herbes folles.  Avant de partir, je passe quelques minutes a redresser les herbes applaties par la tente afin de laisser l’endroit tel que je l’ai trouvé en arrivant.

Le belvédère de Blandas

De retour au belvédère de Blandas, je remplis mes gourdes et ma poche a eau à la fontaine, me débarrasse de mes déchets dans une poubelle, me lave les dents et me débarbouille le visage et les « zones stratégiques » dans les toilettes publiques ouvertes 24/7.  

La descente vers le hameau de Navacelles est longue et caillouteuse.  Je n’ai pas pris le chemin « sportif » descendant du belvédère des chènes vers la route, trop dangereux à mes yeux. 

Je l’aurais probablement pris sans le sac mais avec ma charge, j’avoue que je me suis dégonflé.  Je descends donc par la route jusqu’à ce que je vois sur ma gauche le départ de sentier descendant jusqu’au hameau de Navacelles.  Sur un arbre, la balise de Saint Guilhem.  La descente en lacets est assez longue, les genoux trinquent.

La descente dans le cirque de Navacelles

Une fois arrivé dans le hameau de Navacelles, sur le coup de 8h du matin, il n’y a pas grand monde.  J’espérais que l’auberge serait ouverte pour un vrai café avant de me mettre en route mais malheureusement, rien n’est ouvert le dimanche matin.

Le hameau de Navacelles

Après un rapide tour du village à demi désert, je me dis qu’il est temps de partir et commence sans attendre l’ascention du petit sentier partant du fond du hameau remontant sur le flanc des gorges pour s’enfoncer vers le sud en direction de Saint Maurice de Navacelles.

Le sentier des gorges de la Vis

Le sentier monte jusqu’à mi-pente et serpente le long des gorges. Après quelque temps, environ 2km, le sentier redescends pour rejoindre le canal EDF sur quelque km pour arriver finalement au Mas du pont.  De ce sentier, la vue est réellement impressionnante.  Certains passages vertigineux m’ont fait sentir comme une boule dans la gorge mais bien que sujet au vertige, je ne me suis jamais réellement senti en danger. 

La traversée des gorges fait dans les 7 / 8 km, la remontée est longue et difficile.  Le chemin est dur, la montée est raide et le chemin parsemé de rochers et de « petits » escaliers.  Je mets dans les une heure à remonter, arrivé au sommet, je suis exténué tant le soleil tape et le chemin est fatiguant.

5. Le cirque de Séranne

Le chemin redescends ensuite lentement vers Saint Maurice de Navacelles.  Je fais le plein d’eau a une fontaine d’eau potable sur la place et je reste une petite heure dans le village pour me reposer de la remontée des gorges qui, je dois l’avouer, m’a fatigué plus que je ne l’aurais immaginé.

Vers Saint Maurice de Navacelles

Je repars ensuite sur le chemin en direction des Natges.  Un petit hameau à 8 km de Saint Maurice de Navacelles.  Le chemin monte en pente douce dans les montagnes, le ciel est clair et le soleil tape fort.  J’arrive sur un chemin asphalté qui me mène jusqu’au gîte du Rancas sous un soleil de plomb.

Le chemin descends ensuite en pente raide dans la caillasse sous un épais parasol  d’arbres pour aboutir sur un sentier de terre s’étirant sur 2 ou 3 km à travers des pâturages jusqu’au Natges. 

Arrivé au Natges, je ne vois qu’une exploitation agricole.  Des machines, tracteurs et un grand bâtiment au milieu des prairies où paissent des troupeaux de vaches rousses.  J’ai beau regarder, je ne vois pas âme qui vive dans la baraque.  Je ne suis pas loin de la montagne de la Séranne, un dernier effort et je pourrais passer la nuit, comme prévu, au bord du cirque de Sérane pour voir le lever du soleil sur ce monument géologique.

L’ascention vers le cirque de Séranne est longue et mes jambes sont fatiguées par la dure journée qui se termine doucement. Après une bonne grosse demi heure, j’arrive au sommet. Le sentier serpente entre les buis et déboule sur une partie plus large. Au milieu de cet espace dégagé, un tas de grosse pierre ornée de la balise rouge et blanche. Un peu plus loin, sur un rocher, une croix domine le paysage. Je suis bien au sommet.

Somment de la montagne de la Sérane

Je pose mon paquetage et commence à explorer les lieux. Il est 21h, le soleil se couche et la pénombre commence à gagner la place. Je décide de planter le bivouac là où je me suis arrêté juste à coté de la pierre balise.

Le sol est rocailleux, impossible de planter les sardines de la tente. Après quelques vaines tentatives, je décide d’attacher les tendeurs de la tente à de grosses pierres. Il y a pas mal de vent, je croise les doigts pour que ça tienne.

Le second bivouac

Une fois bien installé, j’essaie de chauffer ma dernière conserve mais le vent rends le petit réchaud Esbit totalement inefficace. En posant quelques pierres tout autour, la flamme redevient suffisante pour chauffer la conserve mais je dois bien avouer qu’ici, un réchaud à gaz serait vraiment le bienvenu.

Je parviens malgré tout à chauffer mes raviolis et de l’eau pour le thé. Il me restera juste deux Esbits pour le thé du lendemain matin. Peu importe, c’est la dernière étape.  J’ai tellement faim que j’engloutis la boite de raviolis tièdes en quelques minutes.

La nuit, le vent souffle assez fort, la tente bouge pas mal mais je suis tellement fatigué que le sommeil ne tarde pas à venir. Vers 3h du matin, je suis éveillé par une douleur aigue dans la cuisse gauche, une crampe. Pendant que j’étirais doucement la partie endolorie, une crampe encore plus douloureuse apparût dans la cuisse droite.  Je sors de la tente pour me chauffer les jambes en me disant que j’aurais du prendre le temps de bien m’étirer mais il est trop tard maintenant, je dois attendre que ça passe.

Vers 6:00, je me réveille et je sors de la tente pour regarder le lever de soleil sur le cirque de Séranne. Avec l’ouverture orientée plein Est, le spectacle est fantastique.  Les premières lueurs arrachent à la pénombre un paysage aux couleurs bleutée virant progressivement sur les teintes orangées à mesure que le soleil monte à l’horizon.  Sur mon perchoir, j’assiste à une des plus belles aubes que j’ai vu de ma petite existence.

L’avantage de bivouaquer en hauteur, c’est que le vent à sèché la tente tout au long de la nuit, pas besoin d’étendre la toile au soleil avant de ranger. Une fois mon sac bouclé et prèt à partir, je m’installe sur le rocher, dominant le cirque, juste à coté de la croix pour siroter mon thé bien chaud en profitant encore une dernière fois de ce paysage magique.

Lever de soleil sur le cirque de Sérane

C’est la dernière étape, il est temps de partir. Le sentier longe la crète du cirque de Sérane sur un petit kilomètre avant de redescendre par un sentier entre les buis jusqu’au mas vieux.  Le soleil est déja bien haut dans le ciel.  

Prochaine étape, le mas Aubert où j’espère pouvoir faire le plein d’eau. En descendant un large sentier forestier entre les pins, je croise un homme seul, il monte le chemin que je descends. Nous nous arrêtons pour discuter, il m’explique qu’il a passé la nuit au mas Aubert et qu’il monte vers la montagne de la Séranne.

Il vient d’Angleterre et passe l’été à errer sur les chemins de randonnée en France, sans but précis.  En discutant avec lui, me revient une phrase de Tolkien qui convient bien à la situation.

Not all those who wander are lost.

Je ne peux qu’admirer ça.  Pendant l’heure qui suivi cette rencontre, je suis resté pensif sur ce qu’un tel laché prise pourrait m’apporter.  Un nouveau souvenir à guarder précieusement, comme un trésor.

Dernière étape

Le mas Aubert, c’est une petite bâtisse le long du sentier, pas accessible en voiture. Je sonne au portail et je vois arriver un homme en short et en sandales. Je le salue et lui demande de l’eau. Il me fait entrer dans la propriété et me sort un Jerrycan d’eau. Je pose mon sac, sort mes 2 gourdes. Je remplis une première fois et avale un litre d’eau d’un trait et remplis une seconde fois.

L’endroit est accueillant, magnifiquement placé dans la montagne. En contrebas, on voit le hameau des Lavagnes qui se résume à quelques maisons au milieu d’un océan de caillasse et de verdure.

. Mon hôte m’explique que la dernière étape est vraiment cool, pas trop de montée. Saint Guilhem est à 7 km, je suis presque arrivé. Nous discutons encore quelques minutes de la région, des chemins, je lui fait part de quelques endroits où le balisage à été abimé par l’abattage des arbres.

Après avoir remercié mon hôte, je reprends la route, sac sur le dos, je me lance dans la dernière ligne droite. Après quelques dizaines de minutes, j’arrive au hameau des Lavagnes où je dois marcher une centaine de mètres sur la départementale avant de bifurquer sur la gauche dans un petit sentier entre les murets de pierre et les arbres. Le chemin continue sur quelques kilomètres vers la forêt de Saint Guilhem.

Les Lavagnes

6. Saint Guilhem le Désert

Au bout d’un large chemin de terre et de caillasse traversant des bois ponctués de lavognes, j’arrive au pied du cap du Ginestet, dernière ascension du périple à travers une forêt de pins. A l’entrée de cette forêt, un énorme panneau rappelle l’interdiction totale d’allumer un feu. En voyant la végétation, il est vrai que ce serait bien imprudent de craquer une allumette ici.

Forêt de Saint Guilhem le Désert

Le chemin caladé monte en lacets au milieu d’un enchevètrement de pins aux troncs tordus poussant entre les rochers. L’odeur de résine de pin est très forte sur toute la montée. Arrivé en haut, la vue est assez bluffante. Du bord de la falaise, on voit serpenter sur quelques kilomètres le sentier que je vais devoir suivre jusqu’a Saint Guilhem.

Cap du Ginestet

Après environ 3 kilomètres de descente, j’arrive dans un lieu étrange. Une petite batisse le long du sentier, perdue au milieu des montagnes. L’hermitage Notre Dame de Belle Grâce (ou Notre Dame du Lieu Plaisant). Suivant le conseil de mon hôte du mas Aubert, je prends le temps de m’y arrêter quelques temps.

Je pose mon sac et entreprends de me ballader dans le domaine. A l’entrée, un écriteau rappelle que le lieu à été choisi par l’hermite pour se retirer dans la prière et qu’il faut y conserver un silence religieux, mais l’hermite serait mort il y a quelques années.

Ce qui est impressionnant dans cet endroit, c’est le silence. Même les grillons et les oiseaux ont l’air de respecter ce devoir. C’est le genre d’endroit où l’on chuchotte sans même se demander pourquoi.

L’hermitage Notre Dame de Belle Grâce

Il ne me reste que 4 km avant la porte de Saint Guilhem. Je remet mon sac sur mes épaules et reprends le sentier où je l’avais laissé. Le chemin est magnifique mais la fatigue et l’envie d’arriver me détourne malheureusement trop de la beauté du paysage.

C’est une réflexion que je me suis faite quelques fois sur le trajet. Dans ces sentiers de caillasse en pente raide, soit on regarde le paysage, soit on avance. A la seconde où on ne regarde pas où l’on mets les pieds, les problèmes commencent.

Après une bonne heure de marche, je croise deux personnes, puis une autre. Pas de sac, des petites basket, l’air encore propre, ils ne viennent pas de loin. Je suis tout près. A la sortie d’un tournant, au pied des montagnes, je vois les toits des maisons. Je suis arrivé.

Saint Guilhem le Désert

En arrivant à la porte de Saint Guilhem, je suis partagé entre la joie d’être arrivé au bout et la déception de penser que l’aventure se termine déjà. Je suis fatigué, j’ai faim et je dois puer autant que les ânes que j’ai croisé quelques fois sur le chemin mais je suis content.

La porte de Saint Guilhem le Désert

Le village grouille de monde, après avoir passé 3 jours au cours desquels je n’ai croisé que quelques rares personnes, je me sens étranger à toute cette animation.

Dans les rues de Saint Guilhem le Désert

Le périple s’achève dans une petite brasserie. L’eau de ma gourde était chaude depuis des heures. Quel bonheur de boire une eau fraiche, limite glacée. Là, c’est vraiment terminé. J’appelle ma compagne, il lui faudra une grosse heure pour arriver. Je laisse mon sac à la brasserie et pars me ballader dans les rues de Saint Guilhem.

Le soir, un bonne douche et une pizza bien croustillante me font le plus grand bien. Cette nuit là, dans un vrai lit, je me suis endormi en quelques minutes. Maintenant, il ne me reste plus qu’à décider ce que sera la prochaine aventure. On en reparlera, promis !

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