Sur le chemin de Saint Guilhem le Désert

3 jours de randonnée sur les sentiers entre Montardier et Saint Guilhem le Désert

L’été dernier, je me suis lancé dans une expérience encore inédite pour moi. J’ai décidé de parcourir une partie du chemin de Saint Guilhem le Désert à pied et en solo.

Seul, je n’avais jamais fait plus que des sorties à la journée et quelques petits bivouac gentillets dans les ardennes belges. Là c’était différent, cette fois je me suis réellement retrouvé seul, sans réseau, au milieu de nulle part et c’était super.

1. Les préparatifs

Pas question de me lancer sans avoir fait mes devoirs. Une randonnée de plusieurs jours dans un endroit aussi isolé, ça se prépare un minimum.

1.1. L’itinéraire

L’itinéraire fait dans les 60 km. Pour ceux qui sont intéressés, j’ai créé un fichier pdf reprenant mon itinéraire complet à l’échelle 1:100K.

En prenant la route, j’avais avec moi les cartes au 1:25k de la zone parcourue ainsi que le topo-guide sur le chemin de Saint Guilhem le Désert. Avant de partir, j’avais pris soin de faire des exports sur feuilles A4 des portions de cartes que j’allais utiliser sur le chemin. Les cartes originales que vous voyez sur la photo sont restées bien à l’abri dans mon sac à dos dans une pochette hermétique.

Cartes topographiques et Topo-guide du chemin de Sint Guilhem le Désert

Les références des cartes topographiques sont « 2641ET » et « 2642ET ». Ces cartes sont assez fidèles au terrain, je n’ai pas eu de mauvaise surprise. Les principaux sentiers GR sont indiqués sur la carte, ce qui aide assez bien et les coordonnées en UTM sont réellement faciles à utiliser avec un GPS.

Le topo-guide s’est révélé être un réel atout tout au long du périple. Les précisions que ce livre m’a apporté sur le chemin ont réellement fait la différence. De plus, les pages culturelles étaient bien agréables à lire le soir dans la tente.

Sur la route, j’avais mon matériel de navigation « de base  » composé d’une boussole (Silva Ranger S avec visée miroir), un GPS (Garmin Etrex 30x) avec le tracé gpx de la randonnée. Le curvimètre, lui, n’ai pas été du voyage mais à été d’une aide précieuse lors des préparatifs.

materiel de navigation
Matériel de navigation

J’avais pris soin de définir sur ma carte des points « étapes » distants de quelques kilomètres. J’avais donné à ma compagne une copie de la carte globale avec tous ces points ainsi que leurs coordonnées GPS exactes. Cela permettait à moi de lui transmettre ma position par message facilement et à elle de m’envoyer la cavalerie au bon endroit si je venais à ne plus donner de nouvelles ou si les nouvelles étaient mauvaises.

Je suis entre 6 et 7, tout vas bien, bisous 🙂

J’avais aussi calculé l’azimuth entre chacun de ces points. Ce qui me permettait d’avoir directement, pour chaque point de passage, la direction du point suivant.

1.2. Matériel de bivouac

Pour le bivouac, je ne parvenais pas à me décider du type d’abri à utiliser. Le tarp-hamac était séduisant mais j’avais peur de me faire bouffer par les moustiques. De plus la végétation dans ce coin est parfois rare en arbres pouvant soutenir le hamac.

Après en avoir discuté avec quelques personnes au camping vivant dans les Cévennes, j’ai fini par opter pour la tente. C’est plus lourd mais les moustiques sont assez combatifs au mois d’août parait-il. Dès la première nuit, j’ai pu le constater.

La tente que j’ai utilisé est la Quechua Quick Hicker Pro 2P de chez Décathlon. Cette tente pèse 1980g et est assez compacte. Ce n’est pas vraiment du matériel de pointe mais pour le prix (200€) j’estime que je ne suis pas volé du tout et la tente a parfaitement rempli sa mission.

1.3. Divers matériel

Pour ce périple, j’ai pu caser le tout dans un sac de 55L. J’ai fait le trajet avec mon 5.11 Rush 72. Un sac pratiquement indesctructible mais un peu lourd. La prochaine fois, je pense que je devrais prendre un sac plus grand. Je n’embarquerais pas plus de matériel mais un sac rempli au maximum n’est pas agréable a utiliser sur le terrain.

J’ai marché avec une paire de Haix Black Eagle Athletic (tige haute). En randonnée, je ne mets pratiquement que des chaussures hautes. Une vilaine fracture de la cheville gauche m’a laissé sans ligaments il y a une bonne vingtaine d’année et le temps n’y a rien arrangé.

Vu le terrain, la distance et le poids porté, j’ai marché avec des bâtons. Les miens sont des Black Diamond Trail Ergo Cork. Ces bâtons sont légers et solides. Le manche en liège est assez agréable au toucher et ne glisse pas, même mouillé.

Sac bouclé et prêt à partir
Sac bouclé et prêt à partir

2. Le départ

Nous arrivons vers 14h à Montardier en voiture. Chaque pierre du village est brûlante. Le soleil, complètement à la verticale, semble être juste au dessus des nuages.

Nous arpentons rapidement les alentours du parking à la découverte de Montardier. Le village est désert. Les habitants semblent se cacher des rayons hostiles du soleil et nous décidons de ne pas pousser la visite plus loin. Ma compagne et mon fils remontent dans la voiture, il est temps de partir.

Je me retrouve dans un Montardier désert. Après un dernier coucou vers la voiture qui disparait dans un tournant, j’avance vers la partie ouest du village où je devrais trouver l’église qui, selon le topo-guide se trouve juste en face du départ du sentier.

Montardier n’est pas très grand, j’arrive à l’église en quelques minutes. Elle ne ressemble pas à l’idée que l’ont peut se faire d’une église. On dirait plutot une petite maison. Maintenant, vu la taille du village, pas besoin d’une cathédrale non plus.

L’église de Montardier

Comme le topo-guide l’avait prédit, le sentier part de l’autre coté de la rue. Après avoir ajusté ma carte, je règle le cadran mobile de ma boussole sur l’azimuth du point de passage suivant et je me lance dans un sentier de rocailles blanches rôties sous le soleil.

Dans cette partie du chemin, les sentiers passent par des propriétés privées. On trouve régulièrement des barrières métalliques qu’il faut ouvrir et refermer derrière soi. Le sentier alterne des passages rocailleux et des passages de terre battue à travers la plaine du causse de Blandas.

Sentier du causse de Blandas
Sentier du causse de Blandas

Le paysage est ici assez différent de ce que je connais des Cévennes. Le terrain est sec et rocailleux. Ce qui me frappe le plus, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’arbres. La végétation est composée de beaucoups de buissons et d’herbes folles. Le soleil et la sécheresse donne au paysage des tons jaunes / bruns / orange.

Paysage du causse de Blandas
Paysage du causse de Blandas

Après une bonne heure de marche, j’arrive à mon premier point de repère où le sentier coupe la D113A (route de Navas). Le sentier repart quelques mètres plus loin sur la gauche vers l’ouest pour rejoindre la D513 que je vais devoir suivre pendant un petit kilomètre jusqu’au point suivant, au croisement entre la D513 et la D113.

La marche sur une route asphaltée est moins plaisante. En plein soleil, sur l’asphalte brûlante avec le poids du sac, je commence ici a me rendre compte que ce périple peut se montrer physiquement exigeant. Le plus marrant, c’est que ça ne fait que commencer.

Arrivé au croisement entre les D513 et la D113, je dois remonter le chemin du Landre sur un kilomètre pour retrouver le sentier des buis qui descends en pente douce vers Blandas.

J’avais calculé le dénivelé lors de ma préparation mais un pourcentage est bien moins impressionnant que de se retrouver au pied du mur. La montée est dure, j’ai envie de m’arrêter pour faire une pause mais c’est à ce moment que le soleil décide de se cacher derrière un gros nuage.

Ce n’est pas le moment de s’arrêter. Je profite de la fraicheur de l’ombre et de la petite brise pour monter la côte avec un entrain que je n’aurais pas eu sans ce nuage.

3. Arrivée à Blandas

La descente vers Blandas à travers le sentier des buis et le chemin de la lavagne est un vrai plaisir. La pente est douce, les passages ombragés sont nombreux et le paysage est magnifique.

Sentier à travers le causse de Blandas
Sentier des buis vers Blandas

Blandas n’est pas très grand, je suis sorti du village quelques minutes après y être entré. Il ne me reste qu’environ 500m pour rejoindre le site des blevédères et le cirque de Navacelles par un sentier partant quelques mètres après le village sur la route de Rogues. J’arrive au site des Belvédères sur le coup de 19h, il est temps de se poser.

La cafétéria des belvédères est encore ouverte. J’en profite pour boire une boisson fraiche, faire le plein d’eau froide et lire un journal qui traine sur la table. Le soleil commence sa descente, il ne reste pas beaucoup de temps de clarté, je reprends la route sur les hauteurs vers le belvédère des chènes où j’espère trouver un endroit ou je pourrais poser ma tente discrètement.

Un petit coin tranquille au belvédère des chènes

J’ai de la chance, le chemin du belvédère des chènes est bordés de petites zones entourées de murets et de petits arbres. Je trouve rapidement un endroit ou je peux poser ma tente sans être vu depuis le sentier. Après avoir installé le bivouac, je démarre mon petit réchaud de poche pour chauffer une des conserves que j’ai emporté. Ce sera du poids en moins à porter demain, me dis-je, en avalant mon cassoulet tiède aussi goulument que si cela avait été le met le plus divin.

Bivouac cirque de Navacelles
Bivouac près du cirque de Navacelles

Le ciel est nuageux cette nuit là, je ne pourrais pas profiter du légendaire ciel étoilé des Cévennes. Après un petit thé, je ferme la tente, m’enballe dans mon sac de couchage et éteint ma frontale. Ce soir là, je me suis endormi en quelques minutes malgré le bruit des moustiques tigres qui tentaient en vain de passer à l’intérieur de la tente.

Au réveil, le soleil rase les méandres des gorges de la Vis, c’est juste grandiose. Il ne faut pas trainer, la remontée des gorges ne va pas être une partie de plaisir, j’aurais besoin de me reposer après et j’aurais encore 10 km à parcourir avant d’arriver au cirque de la Séranne où je veux passer la nuit.

Les gorges de la Vis vue de Blandas
Les gorges de la Vis vue de Blandas

Pendant que l’eau du petit déjeuner chauffe, je démonte et remballe la tente ainsi que mon sac de couchage. Une fois mon sac bouclé, je m’installe devant la vue sur les gorges de la Vis en sirottant mon café encore brûlant. La journée s’annonce plutôt bonne.

Pas de problème de navigation ici, je dois descendre dans le cirque de Navacelles par le sentier. La descente est longue et par moment très raide. Mes genoux trinques. Mes bâtons de marche se coincent dans les rochers. Ce n’est pas la partie la plus agréable à marcher.

A partir de ce moment et jusqu’à Saint Guilhem le désert, je maudirais cette rocaille trop petite pour marcher dessus sans que ça bouge et trop grosse pour que ce soit insignifiant. Sur ce terrain, je me suis félicité d’avoir opté pour des chaussures hautes.

J’arrive dans le hameau de Navacelles sur le coup de 8h du matin. Il n’y a pas un chat dans les rues. Je m’installe quelques minutes dans une petite zone ombragée, profitant quelques instant de l’ombre et de la fraicheur apportée par la Vis toute proche avant de me lancer sur le sentier des gorges qui s’est révélé être un vrai barbecue.

Le hamean de Navacelles
Le hameau de Navacelles

La traversée des gorges fait dans les 10km. La première partie du sentier s’étends à mi-pente du versant ouest des gorges et redescends ensuite au niveau de la Vis le long d’un petit canal d’EDF. La partie du sentier au fond des gorges est bien ombragé et assez frais. Arrivé au mas du pont, le sentier remontant vers Saint Maurice de Navacelles n’est plus très loin. Je sens que ce sentier va être une réelle pénitence tant le soleil est aggressif ce jour là.

Sentier des gorges de la Vis
Sentier des gorges de la Vis

Comme je l’avais prévu, la remontée à été un défi tant physique que mental. La montée n’en finit pas, les points d’ombre sont rares et certains passages du sentier sont difficiles avec le sac. Après une heure d’effort, j’arrive au bord des gorges. Je vois le sentier qui s’étend en pente douce vers Saint Maurice de Navacelles. Ca y est, je suis bien au dessus !

4. Vers le cirque de Séranne

Après une pause de deux heures à Saint Maurice de Navacelles, je reprends la route vers le cirque de Séranne. Il est 16h et le soleil se couche à 21h. Il me reste 5 heures pour parcourir 10 kilomètres. C’est jouable.

Le sentier monte sur 2 ou 3 kilomètres à travers les arbres pour déboucher sur une route asphaltée qui ne doit pas voir des masses de voitures. Le long de la route, de vieilles maisons abandonnées pourrissent tranquillement. Je profite d’une de ces maisons pour faire une petite pause à l’ombre et boire un peu d’eau.

Alors que je regarde autour de moi assis sur un vieil escalier en pierre, je me demande à quoi pourrait ressembler la vie ici, au milieu des montagnes, relié au monde uniquement par une route à peine carrossable. Loin de tout, isolé, vivre ne serait pas simple mais, tout bien réfléchi, est ce que la vie dans une ville surpeuplée, polluée, bruyante et stressante est vraiment meilleure ? Il devrait y avoir moyen de trouver une solution convenable à mi-chemin.

Mas abandonné sur le chemin du Rancas
Mas abandonné sur le chemin du Rancas

Sur le bord de la route, je vois apparaître le gîte du Rancas. L’endroit semble désert et dans la cour trône une vieille Peugeot qui semble ne pas avoir roulé depuis des années. Le bâtiment paraît vide, personne ne se manifeste après que j’aie frappé à la porte.

Le sentier continue après la cour du Mas et descend en pente assez raide dans une caillasse fort peu agréable. Les pierres roulent sous mes pieds me contraignant à une marche très lente. Le sentier est tellement raide et broussailleux que j’en arrive à me demander si je suis sur le bon chemin. Sans les balises qui me confirment régulièrement que je ne suis pas perdu, je me poserais sérieusement la question.

Après la descente, le chemin traverse un petit bois et débouche ensuite entre des pâturages où paissent quelques dizaines de vaches rousses. Je dois approcher du hameau des Natges.

J’arrive au Natges vers 19h. Le lieu devrait être habité mais je n’aperçois qu’une exploitation agricole sur ma droite. Je regarde autour de moi, pas un chat. Je ne suis plus qu’à un peu plus d’un kilomètre du cirque de Séranne. Je décide de ne pas m’attarder ici, il est évident qu’il n’y a personne ici.

Le sentier vers le sommet est difficile. Mes jambes, encore fatiguées de la remontée des gorges de la Vis, commencent à donner des signes de faiblesse. De plus, je commence à sentir les premiers symptômes de la déshydratation. Il ne me reste que 2 litres d’eau, c’est juste, J’aurais aimé faire le plein au Natges mais ça devrait aller jusqu’au lendemain.

Après une bonne heure d’ascension, j’arrive au somment. Je suis tellement exténué que je pose mon barda sur la première aire dégagée que je vois. En montant le camp, je me rends compte que je n’arriverais pas à planter les sardines de la tente tant le sol est farci de cailloux. Je décide d’attacher les cordes de la tente à de grosses pierres. J’avais des doutes sur la solidité de l’installation mais finalement, ça a très bien tenu malgré le vent qui à soufflé toute la nuit.

Tente cirque de Séranne
Tente Quechua Quick Hicker Pro 2P sur la montagne de la Séranne

Au dessus du cirque de Séranne, on dirait que le vent renplace le soleil quand il se couche. Durant la journée, le soleil me persécutait de ses rayons brûlants et maintenant que la nuit vient, un vent qui me parait aussi fort que glacé balaie la petite plaine de caillasse où j’ai planté ma tente avec la même aggressivité que son prédécesseur.

Avant de partir, j’avais pourchassé le moindre gramme superflu avec l’acharnement d’un inquisiteur. J’avais longtemps hésité à m’encombrer d’un bonnet et d’une polaire mais à ce moment là, j’aurais regretté de les avoir laissé au bercail.

Avec ce vent, mon réchaud est aussi efficace que si j’avais couvé ma boite de conserve. Après quelques tentatives infructueuses d’empècher le vent de coucher la flamme de mon petit réchaud, je finis par me résigner. Ce soir là, j’ai mangé froid.

il ne me reste que 3 capsules de combustible pour mon réchaud, j’aurais du prévoir que le vent allait rendre mon réchaud beaucoup moins performant et que j’allais consommer plus de combustible.

Allumer un feu dans les cévennes en plein mois d’août dans un endroit sec et venteux entouré de pinèdes gorgées de résine ? Laissez moi réfléchir … Pas une bonne idée non plus. C’est un coup à ce prendre un canadair dans la tronche avant la fin de la soirée si je ne suis pas tué par mon propre incendie avant !

Je garde mes malheureuses dernières capsules Esbit pour mon petit café du matin, je suis tellement crevé que je pourrais dormir debout. Malgré la fatigue, je tarde malgré tout à m’endormir. Après que mon esprit se soit habitué aux tremblements de la tente et au bruit du vent, une série de crampes bien douloureuses me vrillent brutalement les 2 cuisses et le mollet droit pendant de longues minutes. Dormir ce n’est pas pour tout de suite visiblement.

La journée à été longue, plus de 30 kilomètres dans la caillasse, à peu près 800m de d+ sous un soleil de plomb, mon corps me le fait payer cher. J’ai retenu la leçon. Je serais plus prudent là dessus la prochaine fois.

Je m’éveille vers 6:00. Le vent à laissé sa place au soleil qui émerge doucement derrière un massif de rochers, donnant au ciel à une teinte rose orangée. Je sors de la tente en caleçon, courbaturé, des écorchures plein les jambes, mes chaussures ouvertes aux pieds. C’est dans cet état peu glorieux que je regarde, un peu ému, le plus beau levé de soleil que j’ai vu depuis longtemps.

Lever de soleil sur le cirque de Séranne
Lever de soleil sur le cirque de Séranne

Après quelques divaguations devant le spectacle du jour qui se lève. Je retourne au camp. Cette fois, un ingénieux bricolage à base de pierre et de mon poncho de pluie me permet de porter un bon demi litre d’eau à ébullion avec les 3 capsules Esbit qui me reste. Bien assez pour un bon gros café et une bonne gamelle de gruaux d’avoine aux raisins secs.

Une fois mon paquetage fait. Il est temps de préparer la route du jour. J’oriente et pose la copie de carte de la dernière étape sur le sol, un petit caillou sur chaque coin et cale l’azimuth sur ma boussole. J’ai étudié le parcours quelques fois déja, il ne s’agit ici que d’une rapide relecture des directions et des dénivelés avant l’examen sur le terrain.

Signalisation au sommet du cirque de Séranne

L’information sur le panneau de signalisation est correcte. Il ne reste que 15 kilomètres por rejoindre Saint Guilhem le Désert et seulement 7 kilomètres pour atteindre le mas Aubert où j’espère vraiment pouvoir faire le plein d’eau.

Il me reste un malheureux litre d’eau pour y arriver, je dois donc partir le plus vite possible afin de couvrir la plus grande part de ces 7 kilomètres avant que le soleil ne redevienne aggressif. Déja avant de partir, je sais que cette étape ne sera pas trop dure. Saint Guilhem le Désert est 400m plus bas que ma position de départ. A part l’ascension du cap de Ginestet, je n’aurais pas de côte significative à gravir.

5. En route vers Saint Guilhem le Désert

Les sentiers sur le dessus du Cirque de Séranne sont assez difficile à suivre. Il y a beaucoup de départs de sentier un peu partout et le signalisation n’est pas toujours évidente. Dans ce dédalle de petits sentiers, j’ai été tenté de démarrer le GPS mais pour finir, l’azimuth calculé avant le départ à été suffisant. Après une bonne demi heure d’une progression parfois hasardeuse, j’arrive sur un large chemin ombragé et bien balisé descendant en pente douce dans la direction du mas Aubert. C’est plutôt encourageant.

La descente sur ce chemin est un vrai plaisir. L’ombre et les derniers reliquats du vent de la nuit apportent une fraicheur qui me permet de garder une cadence tout à fait honorable. Après une bonne demi-heure sur ce chemin, je vois apparaître plus bas une silhouette. Un homme d’une soixantaine d’année arrive à ma rencontre.

Uns fois arrivé à sa hauteur, je le salue et entame la discussion. Mon promeneur solitaire est un anglais, nous nous posons quelques minutes et echangeaons quelques banalités sur la région et à quel point ces montagnes sont belles.

Au bout de quelques minutes, une fois l’introduction passée, mon promeneur m’explique que depuis sa pension, il passe les mois d’été à errer sans but précis dans les montagnes du sud de la France, seul. Au vu de la taille de son sac, mon nouveau pote se contente de peu à ce que je vois. Je lui propose naturellement une barre de céréales qu’il refuse poliment avant de prendre son envol.

Pendant les 2 kilomètres qui me séparaient encore du mas Aubert, je ne peux m’empècher de penser à ce mec qui passe 2 mois par ans a rôder seul dans les montagnes. Son histoire, bien que hors du commun, me laisse malgré tout un léger arrière gout de tristesse. Personne ne dois attendre ce pauvre bougre. Est ce que quelqu’un le remarquerais s’il venait à casser sa pipe là tout seul dans les montagnes ?

J’arrive au mas Aubert en début d’après midi. L’anglais que j’ai rencontré m’a dit qu’il y avait passé la nuit, ça veut dire qu’il y a quelqu’un dans ce gîte. Je n’ai plus qu’un petit demi litre d’eau. Si je ne peux pas approvisionner ici, il faudra que je pousse jusqu’au hameau des Lavagnes où il y a quelques maisons habitées.

Arrivé devant le portique, je repère le bouton de la sonnette. Mon coup de sonnette devait être discret, pas de réaction. Je m’apprètais à me remettre en route, un peu déçu, quand je vis sortir de la maison un homme d’une quarantaine d’année, un peu hirsute, seulement vètu d’un short et de sandales. Il regarde dans ma direction et me fait signe d’entrer.

En arrivant devant l’entrée du mas, je pose mon sac et demande à mon hôte si je peux faire le plein d’eau. Alors qu’il me sort un gros bidon en plastique muni d’un robinet, je lui explique d’où je viens et où je compte aller. Je remplis ma première gourde et la vide d’un trait, pendant ce temps là, mon hôte me parle du mas et des gens qui y passent.

Apparament, le mois d’août n’est pas le plus fréquenté, trop chaud pour les randonneurs. Je dois bien avouer que je suis assez d’accord, au cours de ces trois jours, je me rends compte que j’aurais mieux profité du voyage et du panorama avec 10 degrés de moins. Malheureusement, je peux difficilement choisir la période de l’année où je passe deux semaines en Cévennes. Je ne suis qu’un simple mortel avec enfant scolarisé, boulot, prêt hypothéquaire, … enfin vous voyez le tableau …

Mon hôte du mas Aubert se veut rassurant, la fin du trajet est plutôt facile. Ca descends plus que ça monte et les passages ombragés sont plus nombreux que dans la fournaise du causse de Blandas ou dans le barbecue des gorges de la Vis. Ca commence à sentir la fin, plus que 8 kilomètres et j’arrive à destination. Je suis content d’arriver au bout mais aussi déçu que ça se termine déja.

En échangeant quelques derniers mots avec mon hôte, j’avale encore un bon litre d’eau et remplis soigneusement mes deux gourdes de 1L et mon camelback de 2L. Quoi qu’on en dise, je dois quand même marcher 8 kilomètres sur des sentiers rocailleux par un bon 35 degrés avec un sac de 12 kilos. L’épisode des crampes de la nuit passée me laisse comme le sentiment que j’aurais du boire plus.

Les Lavagnes
Les Lavagnes

Je repars sur le chemin descendant vers le hameau des Lavagnes. Le sentier pars ensuite sur la droite entre des murets délimitants des petites parcelles de pâturages. L’endroit est boisé et ombragé, ça s’annonce bien. Arrivé au hameau des Lavagnes, le sentier s’élargit pour rejoindre la départementale.

Après une centaine de mètres sur l’asphalte, le sentier repart de l’autre côté de la route pour s’enfoncer dans un épais maquis de buis, d’oliviers et de pins. Le sentier de terre battue brune est assez agréable. Un kilomètre plus loin, le sentier arrive sur une piste de terre et de gravier assez large. La piste s’étends entre les montagnes sur 2 ou 3 kilomètres jusqu’à la forêt de Saint Guilhem le Désert au pied du cap de Ginestet.

Le sentier traversant la forêt à été pavé dans le passé mais il n’a jamais été repavé depuis. Ce qui il y a longtemps devait être un magnifique chemin de pierre taillée se résume à un chemin rocailleux dont les rocailles semblent avoir été vaguement rangées. Ce n’en est pas laid pour autant, loin de là mais niveau confort des pieds, on a vu mieux. Les rayons du soleil filtrent à travers les houpiers des pins projettant sur le sol de fins brins de lumière jaune orange. L’odeur de résine de pin est très forte et l’air très chaud. Les troncs des pins émergent des rochers en suivant quelques fois des angles improbables pour ensuite retrouver le droit chemin donnant aux arbres de cette forêt des formes parfois intriguantes.

Chemin dans la forêt de Saint Guilhem le Désert
Chemin dans la forêt de Saint Guilhem le Désert

Après une un bon quart d’heure d’ascension, j’arrive au cap de Ginestet. Comme je m’y attendais, la vue y est juste bluffante. Je profite d’un petit arbre touffu et de la petite brise qui souffle la haut pour m’asseoir et me réposer quelques temps. Le cap de Ginestet est orienté au Sud / Sud Est et domine le paysage valloné sur des dizaines de kilomètres.

Cap Ginestet
Cap Ginestet

Saint Guilhem le Désert est à environ 2 kilomètres et demi au sud derrière un relief fort imposant que mon sentier doit contourner par l’Est. A partir de là, le chemin de caillasse brune claire longe les flancs de la montagne à travers une sorte de garrigue. Prochaine étape l’hermitage Notre Dame de Belle Grâce.

Sentier de montagne vers Saint Guilhem le Désert
Sentier de montagne vers Saint Guilhem le Désert

Après une bonne heure de marche, j’arrive à l’hermitage. Sur le portique d’entrée, il est clairement demandé de garder le silence. Etrangement, le lieu semble me pousser à marcher à pas feutré et à chuchotter. Je pose mon sac à l’ombre dans la petite chapelle à l’entrée et m’aventure sans un bruit dans le domaine. Vu l’état de la maison, le lieu doit être inhabité depuis quelques temps. Je sais qu’une source d’eau potable est disponible derrière la bâtisse.

En m’approchant du bâtiment, je remarque un mince boyau entre le mur nord de la maison et la roche de la montagne. Le boyau mène de l’autre côté de la maison où se trouve le fameu robinet. Je retourne à mon sac et en sort mes 2 gourdes gourdes d’1L. Il reste un peu d’eau dans une des deux mais cette eau est tellement chaude que je pourrais y faire du thé. L’eau de ce robinet est fraiche et a un léger gout de … je ne sais pas quoi … mais c’était pas mauvais. Pour ceux que se le demandent, non, je ne l’ai pas filtrée et je n’ai pas été malade.

L'Hermitage Notre Dame de Belle Grâce
L’Hermitage Notre Dame de Belle Grâce

Je profite de cette petite pause et d’un barre de réseau pour signaler à ma compagne que j’arriverais à destination d’ici une ou deux heures. Après une dizaine de minutes de repos à l’ombre d’un olivier, je replace mon sac sur mon dos et quitte ce lieu de silence pour la dernière ligne droite.

Je ne saurais plus dire combien de temps j’ai marché à partir de ce point là. Le soleil devenait de plus en plus aggressif et la rocaille devenait de plus en plus rocailleuse. Au bout d’un moment, je croise une personne, puis une autre. Ils ne sont pas sales, ils sont habillés de petits shorts et de basket encore blanches. Pas de sac, pas de chapeau, je dois être tout près de Saint Guilhem.

En effet, le village apparait enfin en contrebas du sentier. Au moment ou je passe la porte de Saint Guilhem, revient le même sentiment mitigé que j’ai éprouvé le matin au mas Aubert. J’attendais ce trek depuis presque un an et c’était terminé. Au final, ça s’est plutot bien passé. En entrant dans Saint Guilhem, je me pose dans une petite brasserie pour un grand verre d’eau et une bonne bière locale.

La portede Saint Guilhem le Désert
La porte de Saint Guilhem le Désert

Ce soir là, au camping, après une bonne pizza bien chaude et quelques pintes, je me suis endormi en quelques minutes. Reste à préparer l’aventure suivante, probablement encore en Cévennes mais pas le même chemin.

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